Publié le 10 Mai 2016

Hôpital Georges Pompidou, Paris
- Je voudrais un rendez-vous avec le professeur Machin.
- Public ou privé ?
- Hein ?
- Public ou privé ?
- Je sais pas!
- Vous devez savoir, Madame!
- C'est quoi la différence ?
- Privé, vous payez 150 euros le consultation! Public, c'est tarif sécurité sociale.
- Avec le même praticien ?
- Oui, Madame.
- Pour la même prestation ?
- Oui, Madame.
- Au même endroit ?
- Oui, Madame.
- Je comprends pas. Pourquoi faudrait payer 150 euros pour une prestation identique.
- Public ou privé ?
- Ben, si c'est moins cher "public", je prends "public"
- Alors vous n'avez pas appuyé sur la bonne touche de votre téléphone.
- La bonne touche ?
- Il fallait appuyer sur une autre touche!
- Ah... Je fais quoi alors ?
- Vous appuyez sur une autre touche, Madame, si vous choisissez "public".
- Quelle touche ?
- Je ne sais pas, Madame, écoutez ce qu'on vous propose comme choix et appuyez.
- Je dois raccrocher, alors ?
- Oui.
- J'avais déjà tellement attendu que quelqu'un veuille bien décrocher!
- Au-revoir, Madame!
Brrrrr!.... Merde, Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?... Suis-je une telle idiote et naïve néophyte dans un ténébreux monde de castes et de passe-droits hospitaliers ?

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Rédigé par Virginie Ducoulombier

Publié dans #humeur

Publié le 21 Mars 2016

© Virginie Ducoulombier, tous droits réservés
© Virginie Ducoulombier, tous droits réservés

Fini les bons vieux trains de banlieue, bien sales et confortables, supprimés, les reposoirs pour les pieds. On nous a fait des trains high-tech, construits d’une seule pièce, avec lumières d’ambiance et télés qui tournent en boucle, je vois plus les gens, dossiers trop hauts, je les entends, ils causent à leur portable, de multiples façons, peux plus les dessiner, je fais comme eux, les gens, je pianote sur mon portable, scrabble, sudoku, Facebook ! Haha ! La vie est partout…

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Publié le 9 Février 2016

Tous les matins, je prends ma voiture pour aller travailler en banlieue nord. Tous les matins, depuis 3 ans, je croise sur ma route un monsieur très typé Afrique du Nord, une soixantaine d’années, en treillis, armé d’une canne, qui marche d’un bon pas sur la piste cyclable. A la retraite, j’imagine. Ce digne monsieur, vêtu comme un militaire, est toujours accompagné, de près ou de loin, par un groupe de 2 à 6 femmes bavardes, très corpulentes, voilées, en anorak, djellaba et grosses tennis, qui font de la marche rapide après avoir conduit leurs enfants à l’école. Au début, je ruminais dans son carrosse, gnin gnin, moi je vais bosser, gnin gnin gnin, je paye des impôts, gnin gnin gnin, pas le temps de me balader, gnin gnin gnin, y’a des gens qui se promènent sur le dos des autres, gnin gnin gnin...
Un beau jour, sur la route du matin, avec Paris et son épais nuage de pollution à l’horizon, le monsieur en treillis a fait un grand bonjour à une voiture devant moi. Il a levé les bras et agité sa canne, très content de saluer la voiture qui passait. Ça m’a plu. Il y avait là, dans un environnement de hlm, de champs labourés, de poteaux électriques et d’entrepôts, quelque chose de touchant et de bien vivant.
Quelques temps plus tard, ça a été mon tour! il m’a reconnue, moi qui passait tous les jours, il m’a reconnue, haha, et m’a grandement saluée avec sa canne et ses deux bras en l’air ! Presque une ovation ! Le bonheur ! Etre reconnue sur la route de mon travail ! J’ai répondu à son bonjour, le plus fort que j’ai pu, en agitant la main, et depuis, tous les matins, on se salue avec effusion et je continue joyeusement ma route!... Je le regarde dans mon rétroviseur, arrêté sur la piste cyclable, détourné de son chemin, à brandir sa canne tandis que ma voiture disparaît en direction de la zone industrielle.

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Publié le 6 Janvier 2016

On raconte n'importe quoi sur la banlieue parisienne. Quand on est dedans, qu'on vit dedans, qu'on se mélange aux gens, qu'on est les gens, on ne voit plus les différences, on est les différences comme on est Charlie, Paris, le monde. Ici, en banlieue, on n'a pas peur des autres, on vit avec, on se fout des habits, des coutumes, des appartenances, on ne voit plus les voiles, les cagoules, les capuches, les casquettes, les djellabas, les barbus aux barbes courtes, longues, taillées, pas taillées, on ne voit plus les dégradés de noir, de marron, de beige, de jaune, de blanc clair, de blanc foncé, on fait nos courses ensemble dans ces mêmes magasins pour pauvres où on met sous vitrine les rasoirs, les bas, les piles, les bics pour pas qu'on les fauche, et où on peut acheter 15 petits pains longue conservation gonflés à je sais pas quoi, pour seulement 0,99 centimes, de quoi nourrir toute la famille, on n'est pas des tarés, on n'est pas des méchants, on s'entraide, on se partage les parapluies sous une averse, on rigole avec des inconnus de toute sorte dans les bus, on n'a juste pas peur, on est pareils, oh!...

© Virginie Ducoulombier, tous droits réservés

© Virginie Ducoulombier, tous droits réservés

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Publié le 27 Novembre 2015

Un jeune stagiaire fait une remise à niveau en français dans le centre de ressources que j'anime.
- Madame, est-ce que je peux utiliser le mot "enfiler" ?
- Ben, oui... pourquoi ?
- C'est pas trop... enfin, voyez... hot, quoi, chaud....
- C'est quoi, le contexte ?
- Enfiler sa blouse et ses chaussures.

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Publié le 27 Novembre 2015

Je mange un sandwich au comptoir d'une boulangerie. La vendeuse, fort aimable m'offre un verre d'eau de sa propre bouteille.
- Moins de sel, me dit-elle, meilleure pour les gens comme moi qui font de la rétention d'eau. Un peu plus tard, elle me demande:
- A vous aussi... tatata... vous donnent des gaz... ?"
Je mange en surfant sur mon portable, je comprends pas tout, je réponds: oui.
Elle crie alors à l'autre vendeuse qui sert des clients:
- Tu vois, Nicole, à la dame aussi, les lentilles, ça lui fait des gaz, je suis pas la seule!....
Sur ce, elle m'explique, pendant que je mâche mon sandwich avec une pointe grandissante d’écœurement, tout ce qui lui donne des gaz depuis qu'on lui a retiré la vésicule biliaire !

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Publié le 15 Novembre 2015

et si la poésie révolutionnait l'école

Contractuelle depuis 30 ans à l’Education Nationale, je forme à la communication des demandeurs d’emploi adultes dans de nombreux collèges et lycées du Val d’Oise Est : Villiers le Bel, Garges les Gonesse, Sarcelles, Goussainville.

Les établissements scolaires où j’interviens sont de grands espaces vides de sens, déprimants, totalement désincarnés, des lieux d’attente que personne n’investit et où nul n’a envie de séjourner. Pas de place pour la poésie ni le plaisir des yeux. Des salles anonymes, des chaises inconfortables, des tables mal réparties dans l’espace.

Les jeunes sont enfermés derrière des barreaux. Déresponsabilisés. Aucun d’eux n’entre ni ne sort librement de l’école. Tout est moche dedans comme dehors. La banlieue, les immeubles, l’école.

Matin, midi et soir, devant toutes les écoles françaises, des agents communaux, des policiers, aident les gens, parents, enfants, à traverser sur les clous ! A traverser sur les clous ! Où placer la responsabilité individuelle, la responsabilité collective ?

Interdit d’apporter son casse-croûte à la cantine, lieu par excellence de socialisation et d’échanges. Beaucoup d’élèves rentrent chez eux pour manger seul devant la télé ou leur ordinateur.

Le gouvernement veut offrir une tablette à chaque élève français. Est-ce de cela dont ils ont besoin ?

Par contre, il y a rarement du papier dans les toilettes scolaires car, me dit-on, les élèves jouent avec.

Dans les classes, la moitié des élèves gardent leur sac en bandoulière et leur manteau sur leur dos. Ils n’ont pas envie de s’installer.

Dans les couloirs, en fin de journée, je suis plaquée au mur par la masse hurlante des jeunes dévalant les escaliers, pressés de retrouver la liberté que l’école ne leur enseigne pas.

Rien n’encourage les élèves et les professeurs à passer du temps à l’école.

La culture, le théâtre, le cinéma, la poésie, ce qui transcende véritablement l’homme, lui donne accès au divin, est absente de l’école et des cours. Qu’apprend-on en français ? A savourer les mots, à en percer le mystère ? A lire, tout haut, avec plaisir, de la poésie ou certains fabuleux passages d’auteurs, pour se laisser juste pénétrer par le sens des mots, seul, sans les explications, sans les décortications ennuyeuses et vaines des livres de classe ?…

Non. Pas de notion de plaisir entre les murs de l’école.

Depuis 4 ans, j’anime, dans un GRETA, à Goussainville, en zone dite sensible, un centre de ressources qui accueille des primo-arrivants, migrants, réfugiés, exclus du système, élèves décrocheurs, demandeurs d’emploi en cours de formation.

Au départ, ce centre de ressources était un lieu de passage où des adultes de 18 à 60 ans venaient, dans une salle impersonnelle, s’ennuyer, sac en bandoulière, manteau sur le dos, devant des ordinateurs allumés.

Petit à petit, avec ma bonne volonté et celle de mes collègues, de la créativité, du matériel de récupération, toutes sortes de livres glanés ici et là, de vieux fauteuils pour la lecture, des DVD achetés pour presque rien dans les brocantes, des dessins réalisés par des stagiaires handicapées lors d’ateliers d’expression, une vieille mappemonde, une organisation ergonomique de l’espace, beaucoup de liberté dans un cadre chaleureux que chacun apprend à respecter, pas mal de poésie, nous avons fabriqué un lieux à dimension humaine dans lequel toutes les cultures se retrouvent. C’est beau et il fait bon y vivre. Les gens viennent s’y former avec plaisir. Ils échangent, s’entraident, avancent à leur propre rythme, ils sont responsables de leurs apprentissages, respectés et respectueux. Ils apprennent à prendre soin du matériel, à ramasser ce qui traîne, à remettre leur chaise en place, à ne quitter les lieux que quand tout est propre et rangé.

Accueillir les collégiens et les lycéens dans des lieux agréables qu’ils pourront respecter (et il ne faut pas d'argent pour ça), poser autour d’eux un cadre ferme et sécurisant et les responsabiliser, voilà ce qu'il faut faire au lieu de pondre de nouvelles directives indigestes.

Les enseignants doivent quitter les sentiers battus de l’Education Nationale et des syndicats et s’emparer de l’école pour la faire vivre en y apportant de la poésie, de la liberté, du confort, de la participation. Ils doivent occuper l’école, l’investir, y rester pour corriger leurs copies et préparer leur cours ensemble, ils doivent inventer avec leurs collègues, d’autres façons d’enseigner leur matière et de partager un mieux vivre. Ils doivent révolutionner l’école, leur école. Les tablettes offertes par le gouvernement ne feront que creuser les écarts et isoler les jeunes si une vraie révolution n’est pas menée par les premiers acteurs de l’éducation: les enseignants.

La société change, les codes bougent, l’homme reste l’homme, avec ses fragilités, ses émotions, ses questions existentielles. Il a besoin de poésie. L’école peut lui offrir. La bienveillance s’apprend. Regarder l’autre. Le faire exister par son regard. Lui dire: tu existes, je te vois. Je t’écoute. Elève ta voix, parle, exprime-toi, chante, déclame ta poésie, éveille-moi.

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